Aux sources du Pardès Chrétien

Pour Ha-aï Gaon (939-1038) qui commente le passage talmudique, « le Pardès réfère au jardin d’Eden réservé aux justes et qui se trouve dans les âravot, septième ciel où sont enchâssées les âmes des justes. » [2] Le firmament est atteint par une ascension extatique dans la pure tradition de la littérature mystique des Palais, c’est-à-dire par une forme de transe, expérience qui se produit non physiquement, ni même intellectuellement mais au cœur du mental en déconnection de la réalité sensitive, en un état second obtenu par des procédés méditatifs. Il s’agit d’un parcours initiatique qui ouvre à une vision contemplative des mondes et des êtres supérieurs, et de ce fait même comporte un très grand danger pour qui ne détient pas les moyens de conjurer les pièges des « illusions d’optique ».

Comme le précise Guershon Scholem , c’est au début du VIIIe siècle que l’auteur chrétien, Bède le vénérable, décline explicitement les « quatre niveaux de sens des Écritures » : narratif (sens premier du récit), allégorique (dogmes et mystères de la foi), tropologique (moral, homilétique) et anagogique (spirituel, céleste, le plus souvent eschatologique). Au XIIIe siècle, le dominicain Augustin de Dacie, résume en un distique devenu célèbre l’herméneutique systématisée chez Thomas d’Aquin : « La lettre enseigne les faits et gestes ; L’allégorie, ce qu’il faut croire. La morale, ce que tu dois faire ; l’anagogie, ce vers quoi tu dois tendre. »

Nos Sages ont enseigné : 4 hommes sont entrés au Pardès : Ben Azaï, Ben Zoma, A’her et Rabbi Akiva.

Rabbi Akiva leur dit : « Lorsque vous arriverez devant des pierres de marbre pur, ne dites pas : ‘De l’eau, de l’eau’, car il est dit : ‘Celui qui débite des mensonges ne subsistera pas devant Mes yeux’ (Psaumes 101:7).

Ben Azaï contempla (la gloire divine) et mourut. A son propos, il est écrit : ‘Une chose précieuse aux regards de l’Eternel, c’est la mort de ses pieux serviteurs’ (Psaumes 116:15). Ben Zoma contempla et perdit ses esprits. A son propos, il est écrit : ‘As-tu trouvé du miel, manges-en à ta suffisance, mais évite de t’en goinfrer, tu le rejetterais’ (Proverbes 25:16). A’her coupa les racines (renia sa foi). Rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix

Rabbi CHIMON BEN AZZAY [Pchat]

Ben Azzay était réputé pour la manière dont il s’était totalement voué à l’étude de la torah. Il y eut un jour une discussion sur l’importance du précepte concernant le devoir de procréation. Y participaient : Rabbi Eliezer, Rabbi Alazar ben Azaria, Rabbi Akiba et Ben Azzay. Ben Azzay se montra beaucoup plus catégorique que les autres. Alors ils lui dirent : il y en a qui prêchent et qui réalisent, d’autres qui ne prêchent pas mais réalisent à merveille; mais toi, tu prêche bien et tu n’appliques pas ce que tu dis. Effectivement Ben Azzay ne s’était pas marié. Il leur répondit : Que puis-je faire? Moi qui n’ai d’autre amour que la tora. Le monde pourra toujours se perpétuer grâce à d’autres.

RABBI CHIMON BEN ZOMA [Remez]

Ben Zoma fut l’un des quatre Sages polyglottes de Yavné. Ce qui frappait surtout était sa capacité de tirer de l’Ecriture toute sa sève. Il essaya de pénétrer le mystère de la Création (Maassé Bérechit) et à propos du verset : Dieu créa le firmament, on dit que ce fut l’un des versets à cause desquels il fit trembler le monde.

ELICHA BEN ABOUYA(AHER) [Drach]

Son père, Abouya, était l’un des plus riches propriétaires fonciers en Israel. Alors qu il étudiait la Tora dans la vallée de Guinossar, il vit un homme grimper à la cîme d’un palmier pour y attraper des oiseaux. La tora interdit de prendre ensemble la mère et les oisillons. Il faut d’abord renvoyer la mère : « Afin que tes jours se prolongent ». Il vit l’homme appliquer intégralement le commandement en renvoyant d’abord la mère. Mais en redescendant l’homme fut piqué par un serpent et mourut! Alors Elicha devint sceptique ou hérétique; on l’appela alors A’her, l’Autre.

Rabbi Meïr continua d’étudier auprès de Aher. En Eretz Israel on disait : Rabbi Meïr a mangé la datte et rejeté le noyau. Si un sage s’est avili, son enseignement ne perd pas de sa valeur.

RABBI AKIBA [Sod]

Dans la Tora, disait-il, rien n’est superflu, on n’y trouve pas un mot, pas une syllabe, pas une lettre, pas un signe qui n’ait sa raison d’être.

Quand Rabbi Akiba fut exécuté à Césarée, la nouvelle parvint à Rabbi Yéhouda Ben Bava et à Rabbi Hanahya ben Tardyon. Ils se déchirèrent les vêtements en déclarant : « Frères, écoutez-nous! Rabbi Akiba n’a été mis à mort que pour nous avertir que des décrets terribles nous attendent ». Effectivement, 12 mois après la mort de Rabbi Akiba, cette prophétie s’est accomplie.