Les trois matrices

selon A. de Souzenelle Source des informations
L’exil qui revêt l’Adam de son corps biologique en rend l’accès de plus en plus difficile mais toujours possible, car cette tunique de peau est protection et non châtiment. Elle est le vêtement informé d’une substance énergétique somptueusement tissée des fibres de la finalité de l’Adam. Cette substance dessine des matrices en lesquelles vont se jouer les gestations qu’implique cette finalité dans la dynamique du « faire » en ce grand corps Adamique appelé à mettre au monde le Fils, YHWH. Chaque porte ouverte sur un « palais » élargira sa conscience, agrandira l’espace, raccourcira le temps jusqu’à l’Ultime où, l’espace devenant infini, le temps s’annule en l’éternité, l’Homme est « je suis », YHWH. Le corps dessine trois matrices (trois champs de cinabre pour les Chinois). Pour d’autres traditions ces espaces de mutation sont la matrice d’eau au creux du ventre, la matrice de feu au niveau de la poitrine, et matrice du crâne. Hommes et femmes, tous des ‘Adam, tous voués à ce même enfantement, nous portons en nous cette promesse de vie et les lieux secrets de son élaboration.

La matrice d’eau

En elle, l’homme est confondu dans sa situation de régression au sixième jour de la Genèse, jour où il est « créé », mais non encore « soufflé dans ses narines » et devenu « âme vivante » pour entrer dans la dynamique du « faire ». Confondu avec cette matrice, la Adamah, il ne la connait pas et ne peut la cultiver. En ce sens elle est appelée « eau », symbole de ce qui échappe. L’homme y est balloté au gré de la mouvance de tous ceux qui habitent la ‘Adamah, de tous ses vivants devenus propriété de Satan. Désorienté et détourné de l’Epoux Divin, il est la proie de son nouveau maître.

Mais Dieu veille et rappelle à lui sa bien-aimée. L’errance dans l’exil de Dieu reste habitée par une présence au cœur de l’absence sans laquelle l’homme ne jouirait pas de la vie physiologique. Le fleuve divin qui naît dans la matrice du crâne et s »éteint dans la moelle épinière (dans le phrat) est une source où il vient reprendre vie plus souvent qu’il ne pense, particulièrement pendant la nuit (leilhah), qui est descente vers le yah et information. Celle-ci est donnée de façon privilégiée pendant le sommeil paradoxal où s’inscrit la fonction du rêve. Mémorisés, les rêves deviennent des outils précieux pour travailler un commencent du « faire ». Privé de cette fonction du rêve, l’homme meurt, mais informé pendant son sommeil, il continue de vivre, d’une forme animale peut-être, mais il thésaurise ces données salvatrices. L’intuition et l’inspiration créatrice naissent sans doute de cette même source de sagesse cachée et connaissance secrètes reçues avant l’heure de leur acquisition dans la matrice de feu.

Ce cheminement secret est celui du labyrinthe des mythes, il exprime les fonctions d’assimilation et d’élimination. Cette étape est à respecter, tout en étant accompagnée (chez l’adolescent notamment) par une vigilance parentale consciente. Malheureusement le monde parental est lui-même dans une errance aveugle. Il a éliminé les mythes fondateurs de notre civilisation, les rituels donateurs de structure et les rites de passage donnant force à l’intégration des énergies potentielles. Elles se retournent alors en violences destructrices. C’est ce que révèle le mythe où Thésée, saborde ce passage essentiel du labyrinthe. Après qu’il a tué le minotaure, son face à face non intégré aboutit à une perpétuelle errance.

En revanche, l’homme qui assure le labyrinthe contacte ce qu’en termes chrétiens on nomme le noyau de son Etre, le Saint Nom qu’il est en devenir. Il entre dans son identité nouvelle, celle de sa personne, et le conduit à accomplir sa mission. Cet homme prend du recul par rapport à l’insignifiance de sa vie et part à la recherche de lui-même: « Va vers toi » entend Adam, » voici moi avec toi » dit YHWH » à Jacob, « je te ferai retourner vers la « Adamah », « je suis qui je suis en devenir » dit Dieu à Moïse dans le buisson ardent, en l’enjoignant de revenir en Egypte pour sauver son peuple qui y était esclave. L’homme devient prophète, voyant un autre au-dedans de lui, il voit l’autre au-dehors. Il entre en vraie relation avec lui-même, avec le cosmos et dans la connaissance des lois qui président à toute relation, il assume l’exil, mais n’en n’est plus le jouet. Mais cet homme, nourri d’une première lumière, celle qu’il vient d’intégrer, retourne alors vers de plus grandes ténèbres.

La matrice de feu

Il nous faut redescendre, car « qui est celui qui est monté si ce n’est celui qui est descendu » dit Jésus à Nicomède. que Dieu convoque « en un lieu pour que le sec apparaisse », en un lieu Un. En cet espace, la ‘Adamah dans sa fonction matricielle laisse la place à  » ‘Isha », la feu, qui s’offre à une fondamentale vocation nuptiale, celle de l’Adam avec son autre côté, avec « l’aide » que Dieu place en face à face par rapport à lui. ‘Isha est toujours la ‘Adamah mais ici, la mère laisse la place à l’épouse, car l’Homme doit épouser sa mère!

Ceci n’est pas compris par Nicomède ni par tous les Docteurs de la Loi aujourd’hui (dit A. de Souzenelle).

Ce mariage est si grand que c’est dans la mesure où l’homme, devenant ‘Ish l’assume et que celui, plus grand encore, qui l’unira à Dieu pourra être accompli. La matrice est visitée, en cette étape par le Guihon, fleuve Un du désir de Dieu envers son ‘Isha, l’humanité et chaque être humain dans sa Personne. Ce Guilhon est couramment appelé la Gehenne, matrice qui flambe du feu de l’amour divin. Elle est l’espace des enfers où l’homme entre en face à face avec ses démons, mais seulement pour lutter avec eux afin d’en intégrer les énergies. Il s’agit de noces où l’homme doit se laisser devenir feu par l’amour de Dieu. Il y est fondu, battu, martelé, libéré de ses scories de plomb. Il devient beauté d’or pur, mais aussi connaissance et sagesse. Les énergies épousées donnent leur information. La matrice de feu introduit l’homme dans une dimension royale, il descend pour cela dans les entrailles de son intériorité, autant de fois que nécessaire afin que « tout soit accompli ». Lorsque Jésus dit ces mots sur la Croix, il meurt en son corps « chosique’, mais il a assumé maintes croix invisibles dans chacune de ses rencontres avec les démons de l’humanité.

Après avoir assumé la matrice d’eau au cours de son baptême dans le Jourdain, il fut envoyé dans le désert par l’Esprit Saint pour y rencontrer Satan. Il y jêune pendant quarante jours et rencontre l’Adversaire qui le soumet à trois épreuves décrites dans le mythe concernant le premier Adam. Mais, contrairement à l’Adam biblique, Jésus (le deuxième Adam) ne fléchit pas devant Satan et ne lui donne aucun pouvoir. L’Esprit Saint l’introduit alors dans la matrice de feu. Il se mesure à tous les démons de l’humanité, celui qui se tapit derrière toutes les maladies et le paralyse, la cécité, la surdité, l’orgueil qui brûle la peau des lépreux, l’adultère, la prostitution…C’est parce que Jésus les « épouse  » que les maladies sont guéries.

Le réalisme de la divino-humanité de Jésus est là. Son humanité, tout en participant à notre réel d’exilés, et en assumant la tragédie, relève du réel ontologique. Nous ne voyons de la vie que la coque des choses et leur apparence, mais Jésus vit au coeur des choses un autre espace-temps réel resté muet. L’heure vient alors pour le Sauveur d’assumer la mâtrice du crâne.

La matrice du crâne

Le Golgotha est le crâne. Libération de l’exil et de tous les exilés est cet espace du crâne, Orient de l’être et sanctuaire d’une dernière matrice. En elle, le Christ accomplit historiquement et dans les limites du temps de l’exil, ce qui est de toute éternité, puisqu’il est Dieu. Il reconduit l’Adam au cœur du jardin d’Eden dans le souffle de l’épée.

L’Adam est Bar-Abbas, le « fils », Bar, du « Père ». Il gémissait au fond de sa prison, menottes cadenassées et fers aux pieds lorsque la voix du peuple, inspirée de Dieu s’écrie: « libérez Barrabas »! « Que ferai-je donc du Christ »? demande alors Pilate. « Qu’il soit crucifié! » hurle le peuple inconscient…

Bien avant l’historicité de cet évênement, les mythes de tous les peuples le célèbrent. ‘Pessah, libération du Fils, mémoire d’un futur historique, mais en réalité participation à un présent lourd d’éternité. De même s’ouvre le crâne qui donne naissance au Tao. En Grèce, le dieu du ciel épouse Métis, la Sgesse, et de cette union est conçue « celle que porte le dieu derrière son front » et lorsque au bout de neuf mois commencent les douleurs de l’enfantement, Zeus fait appeler Héphaîstos le divin forgeron qui, d’un coup de hache, fend en deux le crâne céleste d’où jaillit Pallas Athéna, casquée d’or. Notre tradition nomme les enveloppes des méninges pie-mère (de pie, pieuse) et dure-mère.

Mais que vit le Christ dans cette matrice?…En cette matrice, ce ne sont plus les démons de l’humanité, serviteurs du Satan, que le Christ rencontre et épouse, mais le Satan lui-même, le Séraphin brûlant. Au Golgotha, dans cette matrice du crâne, YHWH, semence de l’Isha rencontre le Satan et lui écrase la tête, non pas celle de sa fonction ontologique nécessaire au chemin de l’homme, mais celle de sa fonction diabolique usurpée à Dieu. Jésus ne prend pas notre place, mais nous ouvre le chemin. Cependant nous sommes pas prêts, ce n’est pas dans notre corps d’exil qu’il nous sera donné d’assumer cette ultime étape. Tout sera accompli dans cette matrice de feu où la tunique de peau disparait. L’histoire s’achève (mais ne commence-t-elle pas?) lorsque dans la profondeur pourpre de la matrice du crâne, Jésus, le SeigneurYHWH, s’unit au Séraphin, au « brûlant » qu’il s’était donné pour serviteur et Adversaire de l’Homme dans le Créé, au maître de l’inaccompli.

« Adonaî Elohenou ‘Adonaï’ Ehad, Le Seigneur notre Dieu est Un. »

Ces trois matrices sont une réalité universelle :

  • En chine, les chants de cynabre pelvien, thoracique et crânien3 matrices
  • Chez les amérindiens
  • Chez les chrétiens avec les 3 baptêmes de l’eau, du feu et de l’air

Physiquement

  • Matrice d’eau : organes sexuels, bas ventre, monde des eaux. 1ère partie de sa vie on est confondu avec le monde des eaux, le lieu de l’insaisissable. Il faut une montée de conscience qui se voit, qui se perçoit noyé dans des eaux. Face à ce magma chaotique, la seule règle qu’offre la société est la morale et l’interdit. Sensation d’étouffement, besoin d’un nouvel air. Sortie des eaux. Décantation progressive et libération de l’animalité pour prendre conscience de nature fondamentale : divine
  • Du coup on est bien trempé, on va se mettre au chaud et au sec… c’est la matrice de feu. D’abord : elle nous renvoie dans l’eau. Pour y voir la totalité des énergies potentielles demeurant à être guérie. C’est le baptême. Après avoir réalisé… y retourner jusqu’au cleaning/clearing des restants de la matrice d’eau. En gros on est débranché et on repart dans la matrice. C’est là que l’on fait face à notre Satan notre limite, notre réceptacle. Il faudra se retourner (teshiva hébreux) assumer et prendre en main. Genèse jour 6: Tu domineras sur les poissons du ciel et de la mère. Les poissons de la matrice d’eau : jalousie, orgueil,…. Des énergies douées d’une violence incroyable. On doit les nommer, les maitriser car ce sont elle qui libèrent l’énergie, le moteur de réalisation du plan divin. L’énergie se transforme de matière, à information.
  • Matrice de feu : intégration. C’est comme la digestion. La digestion va intégrer la connaissance et l’apporte à toute la matière du corps. L’alternance de montée et descente se matérialise, phase de spiritualisation de la matière.

Nous pouvons rapprocher ces trois étapes comme trois dimensions d’une seule et même réalité à la manière des hindous avec les trois gunas ou le ternaire brahma/vishnou/shiva… 

  • sattva est légèreté, lumière ou pureté (cf. la matrice d’air)
  • rajas est ce qui est mouvement (cf. la matrice du feu)
  • tamas est ce qui est lourd, inertiel (cf. la matrice de l’eau)