Des systèmes complexes et de notre extinction

Qui est ce JE qui s’interroge sur lui-même

De nombreux maitres ou sages ou philosophes ont utilisé le « connais-toi toi-même » comme voie initiatique. Il y a bien sûr Socrate ou plus récemment Krishnamurti, mais attardons-nous sur un de ceux-ci, moins connus, qui approfondit au VITRIOL cette notion.

Nous citons en annexe la biographie de Ramana Maharshi ainsi qu’un extrait assez complet d’enseignement : dont nous ne citons ici que les 3 premières strophes :

Qui suis-Je ?

Je ne suis pas :

  • ce corps physique, constitué des sept éléments subtils (dhâtu),
  • ni les cinq organes de perception sensoriels, c’est-à-dire l’oreille, l’œil, la langue, le nez et la peau, et leurs fonctions correspondantes : l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat et le toucher ;
  • je ne suis pas les cinq organes d’activité, c’est-à-dire les organes vocaux, les mains et les pieds, l’organe de procréation et l’anus, et leurs fonctions respectives : le langage, les mouvements du corps physique, la jouissance et l’excrétion ;
  • je ne suis pas les cinq forces vitales, le « prâna » etc. qui permettent d’accomplir leurs fonctions correspondantes ;
  • même l’esprit pensant je ne le suis pas ;
  • et pas non plus cet état d’ignorance inconsciente, dans lequel ne se trouvent que les impressions des objets,
  • et non les objets eux-mêmes et leurs fonctions.

 

N’étant rien de cela, alors, Qui suis-Je ?

La nature de la pure Conscience est Etre-Conscience-Félicité (sat-chit-ânanda).

 

Quelle est la nature de la Conscience ?

  • Après avoir rejeté tout ce qui a été mentionné ci-dessus comme n’étant « pas ceci, ni cela », cette pure Conscience qui seule demeure -CELA je suis.

Je/moi : une auto-référence ?

Dans la littérature spirituelle, on entend souvent parler du terme ego.

Une analyse étymologique rapide illustre assez bien ce que nous cherchons à exprimer :

  • En grec, εγώ est la 1ère personne du singulier au nominatif, c’est à dire « je »
  • En latin, ego est « moi »On pourrait caricaturer en imaginant un grec disant ego «  je » et un latin comprenant ego « moi », ou l’histoire du latin essayant de comprendre le grec et le distordant…. Interprétation très personnelle, très caricaturale et très vraisemblablement dénuée de tout fondement historique… mais il est amusant de constater que cette réflexivité du je au moi est en germe dans l’étymologie même du mot « ego ».
  • JE est bien l’amplification circulaire de MOI
  • Agir, « choisir »…est bien une illusion, car c’est juste une mémoire qui s’est exprimée dans cette situation.
  • « JE/MOI » est une conséquence, l’éventualité d’émergence d’une sensation.
  • Tant qu’elle est là, sous-jacente, sub-consciente, cette sensation ne peut pas,… ne pas émerger…

En conclusion nous pouvons conclure que :

  • Avant le travail sur soi, sur ses croyances, mémoires et conditionnement: pas de liberté d’agir car tout est réaction à des mémoires émotionnelles… donc pas de responsabilité…
  • Pour nous aujourd’hui, le travail sur soi consiste à se défaire de nos mémoires identitaires

La métaphore du potier

La métaphore n’est pas récente. Dans Romain 9,21 selon Louis Segond : « Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil? »

Nous formulons ci-dessous une perspective personnelle de la métaphore pour illustrer le lien entre

  • créature – création – créateur
  • prisonnier – prison – gardien
  • je – moi – soi
  • L’objet – l’objectivation – le sujet
  • ce qui est vu – la vision – l’œil
  • la réponse – le questionnement – la question

La métaphore du potier met en avant trois acteurs totalement interdépendants : l’argile, le vase et le potier . Au début nous naissons soupe d’atomes informe car informée : de l’argile.

Nos parents vont utiliser ce matériau et nous inculquer des valeurs, des principes… « fais pas si, fais pas ça… », nos premières mémoires (prison) se forment. Ils nous donnent une identité : un vase.

D’ailleurs, généralement ils font le même vase que le leur (mais bref)…

Avec le temps, le vase est devenu sec, rigide, moins adapté à cet environnement si changeant, si rapide, si complexe:

  • c’était mieux avant : la sécurité, l’emploi, le respect, la qualité de vie….
  • les jeunes aujourd’hui, c’est plus ce que c’était… et puis les étrangers…
  • Il n’y a plus de valeurs, notre bonne vieille patrie se meurt…

Tellement attaché à notre vase, nous ne voyons plus qu’il pourrait redevenir argile… avec quelques coups de marteaux et un peu d’eau, il retrouverait sa nature première : souple, malléable, flexible

Théorie des systèmes complexes

Que nous soyons ou non dans la Matrice, le monde est un système complexe, tellement complexe qu’il semble difficile de concevoir un programme informatique qui soit capable de gérer l’ensemble des interactions. Du moins, avec les moyens actuels que l’on peut envisager. Mais certaines personnes pensent encore que Dieu exerce ce type de contrôle sur l’humanité, et cela pour notre bien, évidemment.

On retrouve aussi dans le corpus de croyance bouddhiste la notion de Dharma, très proche de la notion spinoziste de Dieu (Deus sive Natura) : “Dieu n’est rien d’autre que la Nature dans sa totalité”. Le Dharma est ainsi l’ensemble des lois de la Nature applicables fractalement aussi bien aux systèmes planétaires, qu’aux humains, qu’aux cellules, qu’aux atomes (lois de l’attraction/répulsion, lois de la causalité, etc.).

Cette conception nous amène à la théorie de l’évolution des systèmes complexes décrite par le Dr Ervin Laszlo (théoricien des systèmes, fondateur du Club de Budapest et conseiller à l’ONU et l’UNESCO).

Selon sa théorie, décrite dans de nombreux livres dont “La Grande Bifurcation”, tout système complexe (dont l’homme, en tant que corps humain, conscience, mais aussi en tant que société) évolue en permanence de manière sinusoïdale, passant par des phases d’expansion puis de contraction d’amplitudes grandissantes… jusqu’à un élément de seuil, un point de bifurcation, équivalent au saut quantique en physique des particules. Après la crise née du passage de ce seuil, le système se stabilise petit à petit dans un nouveau statut.

Les bifurcations peuvent-elles être déclenchées ?

Au fur et à mesure de sa déconstruction ou de l’abandon de ses croyances ou de ses mémoires ou de ses schémas psychiques… l’homme devient:

  • Moins conditionné par le passé et donc plus libre d’agir dans le présent
  • Moins soumis à ses pulsions/instincts/mémoires et donc plus responsable de ses pensées/paroles/actes.

Nous pensons que les systèmes initiatiques ont pour vocation de déclencher ces ruptures dans le flux continu de l’existence des profanes et d’élever l’Homme à sa conscience: du vase au potier.

Nous retrouvons ces déconstructions du vase en Maçonnerie, par la pratique des rituels initiatiques. Les morts et renaissances sont des symboles de ces crises et du changement de statut du système. Nous les illustrerons en 3ème partie de façon détaillée mais d’ores et déjà voici quelques éléments « charnières » ou bifurcation point tels que Matrix les illustre.

C’est le cas à la fin du premier épisode de Matrix, lorsque Neo meurt, tué par l’Agent Smith, et qu’il ressuscite grâce à l’Amour de Trinity. C’est aussi le cas dans le rituel d’Initiation maçonnique qui nous fait entrer dans un nouveau plan de conscience grâce aux épreuves, mais aussi à l’amour de nos Frères qui nous guident sur ce chemin. Dans Matrix, nous retrouvons un de ces éléments clés lorsque Neo fait le choix de sauver Trinity plutôt que d’obéir à l’Architecte à la fin du 2ème épisode et lorsqu’il perd la vue dans le 3ème épisode.

Nous vous laissons faire les liens avec vos expériences maçonniques personnelles. Dans nos vies, lorsque des moments de ruptures profondes (accident, divorce, décès d’un proche, maladie grave, etc.) interviennent, nous voyons bien qu’il y a un “avant” et un “après”.

Notons que la notion d’initiation est présente dans toutes les traditions. Le baptême chrétien (par l’eau puis par l’esprit) en est une illustration. Pour aller plus loin dans l’exégèse chrétienne nous vous renvoyons en Annexe à Annick de Souzenelle et aux trois matrices.

Quelle différence entre le chemin de la causalité et du libre-arbitre ?

Que se passe-t-il si une majorité de gens décide de suivre le chemin de la causalité, du contrôle, de l’individualité de l’ego contre le chemin du libre arbitre, de la dissolution de l’ego vers l’amour inconditionnel ?

Cette vision précise du concept, nous conduit à réfléchir en termes de système aux conséquences de nos choix individuels. Nous pouvons le rapprocher des évènements politiques, économiques, sociologiques et écologiques majeurs que notre planète vit en ce moment.

Matrix nous donne une très intéressante clé de lecture en ce sens, notamment dès l’épisode 2, avec les réplications de Smith, véritable virus qui étouffe la biodiversité et couvre tout l’espace-temps de son uniformité. Or que voit-on aujourd’hui ? Partout sur la planète des hommes qui courent après un modèle de Porsche Cayenne, des hommes en costumes qui achètent Hermès, Gucci et des femmes en talons, grandes et sophistiquées. Ne voit-on pas les mêmes comportements vis-à-vis du confort, des assurances de la sécurité avec des résidences sécurisées dans des lieux privilégiés et des tours dans des quartiers périphériques? Partout la dictature du même, de la moyenne. Or, c’est précisément cette uniformité qui autorise le contrôle et qui a généré dans l’histoire les pires atrocités. Nous devions être tous catholiques du temps de l’Inquisition, ou tous aryens du temps du nazisme ou tous… riches et sinon quoi ? Sinon la Matrice a le “devoir” de vous éliminer pour assurer son contrôle et sa survie. Le film nous rappelle que, dans ces moments de bifurcation, il y a deux options, qui s’opposent :

 

  • le choix de l’Un qui passe par l’autre (la voie de Neo),
  • le choix du Moi qui passe par l’élimination de l’autre (la voie de Smith).

Nous reviendrons sur ces 2 options au moyen du Tarot. Pour revenir à la théorie des systèmes complexes, nous pensons que la causalité règle le monde dans la première partie de la courbe, puis dans le nouveau statut, mais que notre libre-arbitre est en jeu (en-je dans la langue des oiseaux) à ce moment précis. La manière dont nous réagissons à cette bifurcation nous appartient, car elle a créé fondamentalement un bug, un tilt, un espace de non déterminisme, un espace de libre-arbitre. Mais la planète vit-elle un de ces moments de bifurcation ? Et sommes-nous responsables des conséquences collectives de nos choix individuels ? C’est ce que nous allons voir grâce à un rapide détour par une analyse des 6 paliers de la Matrice.

La sixième Matrice annonce la sixième extinction massive

Selon la science, il y a déjà eu 5 extinctions massives, dont la plus connue est la dernière, celle des dinosaures au Crétacé. Mais la sixième extinction massive est en cours depuis quelques millénaires. Nous sommes donc aussi à la 6ème Matrice. Car selon l’Architecte : “La Matrice est plus vieille que tu ne le penses, je préfère compter par palier, de l’émergence d’une anomalie et l’émergence suivante, et avec toi nous en sommes à la sixième version.”

Mais sommes-nous pour autant au bord du Reloaded ?

Actuellement, la perte de biodiversité et les changements dans l’environnement qui y sont liés sont plus rapides qu’à aucune période de l’histoire de l’humanité. De nombreuses populations animales et végétales sont en déclin, que ce soit en termes de nombre d’individus, d’étendue géographique, ou les deux. La disparition d’espèces fait partie du cours naturel de l’histoire de la Terre. Cependant, l’activité humaine a accéléré le rythme d’extinction, qui est au moins 100 fois supérieur au rythme naturel d’extinction, un rythme qui ne cesse d’augmenter, certains biologistes renommés comme E.O. Wilson parlent d’un facteur de 1000 !

Matrix pose donc une question essentielle : “L’Humanité est-elle un virus pour la Terre ?”

Il est un fait que nous constatons : l’extinction des dinosaures a laissé la planète aux mammifères… et nous avons gagné la partie… au sens de l’Agent Smith : c’est à dire que nous nous sommes répliqués à l’infini jusqu’à recouvrir toutes les terres et à imposer l’Homo Economicus à toutes les dernières tribus que nous qualifions de primitives et qui survivent dorénavant parquées dans des réserves. La vérité est qu’une partie de l’humanité s’est répliquée comme un virus et a écrasé toutes les autres formes d’humanité. Ainsi l’Homo Economicus est très très proche du dinosaure qui avait envahi notre vieille Terre.

Lors d’une conférence à Genève à laquelle Pierre-Antoine a assisté avec son parrain, Hubert Reeves posait la question en ces termes : “Si l’Homme devait s’éteindre qu’est-ce qui manquerait à la Nature ? Autrement dit, l’Homme sert-il à quelque chose au sein de la Nature? Sa réponse nous apparut édifiante d’anthropocentrisme : “à l’art et à la science”.

Vous ne pouvez pas imaginer ce que cette question a pu faire débat et combien les gens se sont offusqués que l’on puisse imaginer une Terre sans Homme ! Au fond, ce grand scientifique ne pouvait que poser la question et proposer une réponse des plus basiques…. C’en était déjà trop pour nos contemporains.

Nous comprîmes alors que l’idée religieuse d’un Homme créé à l’image de Dieu nous rendait orgueilleux de notre spécificité et nous prémunissait d’une quelconque responsabilité. L’idée d’être un peuple élu (pour les juifs) ou d’un peuple sauvé par le sacrifice de Jésus (pour les chrétiens en général, mais les catholiques en particulier), nous a donné l’illusion d’être indispensables.

Ainsi une bonne partie d’entre nous préfère refuser de croire :

  1. à notre extinction possible
  2. à notre responsabilité

Comme nous l’avons dit, c’est l’un des thèmes importants de Matrix : l’homme est-il responsable de qui il est ? Si oui, alors que faisons-nous de notre responsabilité ? Si non, quel est ce dieu si méchant ? Et comme nous le verrons, la réponse que nous propose le Film est celle que nous proposent toutes les voies initiatiques: les noces du Soleil et de la Lune, la voie du Tao, la synthèse ternaire…

Sommes-nous prêts à sauver la planète ou juste notre bien-être personnel ?

Mais, au regard des causes probables des extinctions massives, qui sont certainement à chaque fois une conjugaison de facteurs, l’explosion nucléaire déclenchée par les êtres humains dans Matrix symbolise-t-elle (outre le réchauffement climatique) l’origine finale de la 6ème extinction, couvrant le soleil et générant une accélération de la disparition des espèces, dont l’Homme ?

Si nous acceptons que la Terre est un système complexe et qu’elle fonctionne par crise successive, que se soient des crises majeures comme l’extinction des espèces ou des crises mineures comme la Révolution Française ou la Seconde Guerre Mondiale, alors sommes-nous à l’orée d’une nouvelle crise, mineure ou majeure ?

Nous reviendrons sur cette question plus tard. Mais si c’était bien le cas, ce que nous pressentons tous, suites aux évolutions que nous vivons aujourd’hui, que faisons-nous ? Sommes-nous prêts à sauver la planète ? Que pouvons-nous faire ?

Et pourquoi Neo préfère-t-il sauver son Amour, à la place de l’Humanité ? Est-ce pour nous faire comprendre que le meilleur moyen de nous amener à agir, c’est nous faire comprendre que cela ne concerne pas seulement l’Humanité, mais aussi tous ceux que nous aimons individuellement?

Conclusions

1. L’homme naît dans l’illusion du choix car il est esclave des conditions initiales puis des influences externes auxquelles il réagit (sans choix).

2. L’homme est à la fois argile, vase… et potier

3. L’homme PEUT se déprogrammer par une réaction juste après une crise de vie une démarche initiatique / d’introspection sincère

4. Collectivement, l’humanité DOIT retrouver ce savoir initiatique et faire son saut quantique. Sinon, c’est la Vie elle même qui pourrait se charger de la déprogrammation de l’espèce humaine comme elle l’a déjà fait à 5 reprises, la dernière étant les dinosaures.