Tarot : NeoSmith du bateleur au fou

Pourquoi passer du Mythe au Tarot ?

Lorsque nous avons revu Matrix pour préparer ce travail, nous avons été marqués par le fait que les personnages sont de réels archétypes que Jung n’aurait pas rejetés. Avec l’image de l’Initié (1. Neo), de la Papesse (2. l’Oracle), ou encore de l’Impératrice (3. Trinity), nous avons été frappé par l’évidence que le Tarot allait nous fournir des clés pertinentes.

Et lorsque nous avons trouvé des relations entre les personnages du côté obscur et ceux du côté lumineux et que nous avons pu les relier ensemble, nous avons su que nous étions sur la bonne voie et de quelle manière nous allions utiliser le Tarot comme grille de lecture révélatrice tout autant du film, que du chemin de l’initié. Pour références, c’est la version d’Oswald Wirth contenue dans son ouvrage “Le Tarot des imagiers du Moyen Âge”, que nous avons utilisé.

L’idée sous-jacente est la même qu’avec la trame mythologique de Campbell : quelle lumière ressort lorsque l’on éclaire le Tarot avec Matrix et où en êtes-vous de votre propre chemin d’évolution ?

Un monde de dualité

Lorsque nous avons effectué l’analyse mythologique, nous avons découvert une structure assez linéaire de la trilogie, progressive, qui nous parle de notre combat intérieur. C’est ainsi que l’on découvre les grands voyages et les grands combats : L’Illiade et l’Odyssée, la Baghavad Gitta, etc. Mais les choses ne sont malheureusement jamais aussi simples à appréhender.

Ce que nous avons découvert avec le Tarot, c’est qu’il existe deux axes dans notre chemin, un axe vertical qui nous oppose à un adversaire (qui peut être notre Ego, mais aussi un ennemi très concret) et qui est la raison qui nous pousse à poursuivre notre chemin sur l’axe horizontal qui représente la progression vers plus de Lumière, ou plus d’Ombre en fonction de la polarité que nous avons décidée de suivre.

Pour démarrer, nous allons illustrer ce propos en prenant les deux acteurs clés de la trilogie, Neo et Smith.

D’un côté, Thomas Anderson, le Fils de l’Homme, l’Elu de la Prophétie, qui deviendra Neo. De l’autre côté, l’Agent Smith, personnage quelconque d’une société déshumanisante, qui sera libéré de sa dépendance pour devenir Smith le virus qui menace de tout détruire. Nous voyons très clairement une montée en puissance de ces deux personnages qui évoluent au fur et à mesure de la trilogie pour passer du Bateleur à la Force et du Fou au Pendu. En effet, lorsque Neo demande à l’Oracle qui est Smith, elle lui répond : “Il est toi, ton opposé, ton négatif, la résultante d’une équation qui veut reprendre son équilibre.” La Force, une fois associée au Pendu, donnera l’Initiation ultime.

Ce qui est étonnant dans cette relation, ce sont ces différences. En effet, d’un côté, Neo a besoin d’amis pour passer de Thomas Anderson à l’Elu. Pour faire simple, le Bateleur a besoin des Arcanes II à V pour atteindre le premier niveau d’initiation (L’Amoureux, qui symbolise la première illumination à la fin du premier épisode). Trinity et Morpheus sont clairement des acteurs de cette progression, ils suivent leur destin que l’Oracle leur a révélé. Mais tout cela n’a pour but que de gérer l’anomalie systémique prévue par l’Intelligence Artificielle qui a créé la Matrice. Pour avancer sur la suite du chemin, Neo aura aussi besoin des Arcanes VII à X afin d’atteindre le deuxième niveau d’illumination (La Force, qui le prépare au sacrifice ultime). En effet, si Seraphin protège l’ensemble de l’aventure, le Maître des Clés lui ouvre la porte du Sanctuaire et le Conseiller Hamman et Sati l’éclairent de différentes manières sur la complémentarité qui unissent Hommes et Machines. C’est ceci qui lui permettra d’arriver au bout de l’initiation et de se sacrifier pour fusionner et accepter le côté obscur, afin de le dépasser. Il faut connaître la dualité, l’accepter et ne pas rentrer dans son jeu pour la dépasser. C’est le message du sacrifice de Neo.

A l’inverse, l’Agent Smith n’a pas besoin des autres Lames du Tarot pour progresser, il fonctionne seul, par antagonisme, et sans s’appuyer sur le regard des autres. Il semble même, jusqu’au dernier moment, complètement inconnu des autres acteurs du côté obscur. Seul le Deus ex Machina du troisième épisode semble avoir vu le problème du ce virus Smith, et encore bien tardivement. Mais cet antagonisme, on le retrouve aussi tout au long du chemin de Neo qui avance parce que les forces obscures tentent de l’arrêter.

Donc, le chemin lumineux crée l’Ombre et l’ombre oblige la Lumière à se sublimer.

L’on peut analyser d’autres relations, comme par exemple celle qui relie Séraphin, qui est un programme qui a trahi les siens (le Mérovingien le traite de judas (Extrait 3-9 “Mérovingien traite Séraphin de Judas”), avec Cypher, un humain qui a trahi les siens (Extrait 1-23 “Le steak”) pour retourner dans la Matrice. Le Mérovingien et la Matrice sont d’ailleurs les deux autres lames qui complètent le quatuor.

L’opposition entre le Père et à la Mère se retrouve dans l’Architecte (le Monde) et l’Oracle (la Papesse). Morpheus (le Pape) et le Commandant Lock (la Lune) s’opposent durant tout le film et le conseiller Hamman (le Chariot) tente de les concilier. Perséphone (les Etoiles), quant à elle, tente de s’interposer entre les Amoureux.

Ces chemins nous font comprendre que c’est dans l’adversité qu’un Initié peut avancer, mais aussi qu’il ne peut avancer tout seul, qu’il a besoin d’aide pour progresser. Ce que nous pouvons aussi lire entre les lignes, c’est que s’arrêter en chemin peut être dangereux, car la déconstruction entamée peut nous mener du côté obscur de la force. Nous avons pour la plupart d’entre nous connu ce genre de moment de basculement lors de notre compagnonnage.

Il faut résister, être aidé, se battre et ouvrir son cœur à l’Amour de l’autre pour apprendre la Tolérance et le Sacrifice et ne pas devenir un maçon sec, cassant et méprisant.

Car nous devons comprendre que le chemin du côté lumineux, c’est le passage du “je” au “nous” qui sommes tous uniques, alors que le côté obscur nous fait croire que le “je” passe à un “nous” comme “moi” que nous voulons être identique pour tous.

On trouve aussi des dualités philosophiques dans la trilogie : le choix, le destin choisi contre la causalité et le destin subi. Il y a donc bien des forces de contrôle qui doivent maintenir la cohérence de la Matrice et de l’univers, des forces froides centripètes, et des forces de l’amour, de la vie, du choix, de la liberté bref des forces chaudes d’expansion qui poussent au changement.

Enfin, on trouve une dualité spirituelle : la foi ou la raison. Le tout dernier dialogue entre l’Oracle et Séraphin est à ce sujet révélateur : “Vous avez toujours su ? Oh non, je ne savais pas… MAIS J’AVAIS LA FOI. J’AVAIS LA FOI”. Or la foi s’oppose par nature à la raison logico-déductive. Elle est un espoir insensé. Insensé car non soumis aux sens qui ne voient et constatent que la causalité, comme ne cessent de le répéter et de le démontrer le Mérovingien avec son discours sur la causalité.